L’amour des trois oranges

Thèmes : Conscience de soi

Il était une fois,
Il était plusieurs fois,
Il était peut-être jamais,
Un jeune homme …

C’est un fils de roi. Tout lui est dû !

Le matin, il se laisse nonchalamment habiller par ses valets… Ordonne qu’on lui apporte ses jouets… S’ennuie… Ordonne qu’on lui apporte des copains…Décide des jeux… Se fâche quand les autres ne sont pas d‘accord… Trépigne quand il perd. Au bout de quelques mois, plus aucun enfant à la ronde n’accepte de venir jouer au château et le prince reste seul.

Ce jour-là, il tape rageusement sur son ballon dans la cour. Une vieille dame passe, une cruche d’eau sur la tête. Est-ce hasard ? Volonté malveillante ? La balle atteint la cruche et la brise.

Le prince part d’un grand éclat de rire qui s’arrête net quand la vieille, toute dégoulinante, avance vers lui, menaçante !

– « J’ai froid, et ça t’amuse. Malheureux, tu es seul ! Seul et malheureux tu resteras, tant que tu n’auras pas trouvé l’amour des trois oranges ! Aussitôt, elle disparaît. »

Le prince hausse les épaules :

– « Vieille folle ! Pour qui se prend-elle ? Oser me parler sur ce ton ! »

Il continue à jouer. Pourtant, le soir, au moment de s’endormir, des mots résonnent à ses oreilles :

– « Malheureux tu es seul ! Seul et malheureux tu resteras, tant que tu n’auras pas trouvé l’amour des trois oranges ! »

Soudain, il se sent mélancolique.

Des jours, des années passent et malgré les sourires affichés de son entourage, malgré les cadeaux de ceux qui n’osent pas le contredire, le prince se sent seul, seul et malheureux.

Dans ses rêves, uns sorcière lui rappelle :

– « Malheureux, tu es seul ! Seul et malheureux tu resteras, tant que tu n’auras pas trouvé l’amour des trois oranges ! »

Un soir ruisselant de lumière dorée, il fait ses adieux à ses parents, prend son bagage et s’en va sur les chemins à la recherche de l’amour des trois oranges.

Il voyage des mois, il voyage des années. Pour gagner sa pitance, il offre ses services. Il casse du bois avec les bûcherons, fauche avec les faucheurs, laboure avec les laboureurs et marche, marche, marche.

A la tombée de la nuit, il s’arrête près de hameaux, écoute les rires, les cris, les pleurs. Parfois quelqu’un s’installe auprès de lui et lui parle. Il souffre de la faim, de la soif, de la fatigue.

Un matin ruisselant de lumière rosée, il arrive sur une falaise au bout du monde, et là se dresse un étrange château. Il ne sait pourquoi, mais il est certain que c’est là qu’il trouvera les trois oranges !

Il fait le tour de la bâtisse, découvre une porte étroite, l’ouvre, s’y glisse et le voilà dans une vaste cour pavée.

Trois énormes chiens bondissent vers lui, les crocs menaçants. Le prince leur jette toute la viande séchée qu’il garde dans sa sacoche. Et les chiens, calmés, la dévorent goulûment.

Il aperçoit une autre petite porte, s’y faufile et le voilà devant trois porcs imposants comme des bœufs qui s’avancent vers lui en grondant. Le prince leur jette tout le pain, toutes les noisettes qu’il garde dans sa sacoche. Les cochons s’empiffrent.

Le prince fuit vers une porte basse. II doit baisser la tête pour y passer. Il avance maintenant sur une place ensoleillée, ronde. Au milieu, un puits et sur le puits sont assises trois belles femmes. Elles accrochent à leurs longs cheveux des seaux pour puiser de l’eau. Dès qu’elles aperçoivent le prince, elles l’interpellent violemment.

– « Que fais-tu ici ? C’est défendu ! Retourne d’où tu viens, nous avons ordre de tuer les voyageurs indiscrets ! »

– « Mesdames, je ne vous veux aucun mal. Cela doit être douloureux d’attacher ces seaux si lourds à vos chevelures si belles. J’ai à ma ceinture trois longues cordes, acceptez-les, je vous prie. »

Radoucies, elles prennent les cordes et lui indiquent l’escalier qui monte vers la tour.

C’est un escalier en colimaçon, si poussiéreux, si encombré de foin et de feuilles mortes, de morceaux de vaisselle cassée, de chiffons gras, que l’on en aperçoit à peine les marches.

Pas loin, un balai. Le prince s’en empare et se met à balayer. Il nettoie calmement, sans se presser, de bas en haut puis de haut en bas, plusieurs fois, jusqu’à ce que les marches luisantes apparaissent.

Au sommet de la tour, le voilà au seuil d’une chambre où trônent dans un bol en bois trois oranges !

Une étrange vieille femme somnole dans un lit en fer. Ses cheveux blancs sont longs, emmêlés et plein de vermine, ses mains et son visage, poisseux.

Alors le jeune homme s’approche, sort un peigne et doucement, démêle la chevelure, il la débarrasse de ses poux, puis lave les mains et le visage, les sèche affectueusement. Ses gestes sont si lents et si tendres que la vieille s’assoupit.

Alors, il dispose les trois oranges dans sa sacoche et, sur la pointe des pieds s’en va. A peine a-t-il descendu trois marches qu’une voix, venant d’on ne sait où hurle :

– « Il a pris mes oranges ! Escalier, jette cet homme par terre qu’il se brise les os ! »

– « Pourquoi lui ferais-je du mal ? Il m’a nettoyé, répond l’escalier. »

Le prince court et la voix hurle :

– « Femmes, jetez-le dans le puits ! »

– « Pourquoi lui ferions-nous du mal, il nous a donné de la corde, répondent les femmes. »

Le prince court et la voix hurle :

– « Cochons, écrasez-le, éventrez-le ! »

– « Pourquoi lui ferions-nous du mal ? Il nous a donné du pain, répondent les cochons. »

Le prince court et la voix hurle :

– « Chiens, dévorez-le ! »

– « Pourquoi lui ferions-nous du mal ? Il nous a donné de la viande, répondent les chiens. »

Le prince se précipite hors du château et s’éloigne, heureux.

Il marche et l’herbe est douce à ses pieds.
Il marche et le vent lui amène des odeurs de foin sec et de pin.
Il marche et le soleil caresse sa peau.

Un midi ruisselant de lumière chaude, il sort les orages de son sac.

– « Comment puis-je vous aimer ? » crie-t-il

Il en prend une, apprécie la couleur de sa peau.

– « Tu es comme un petit astre ! »

Il la hume :

– « Tu es douce, légèrement, acidulée, tu as du caractère ! »

Une merveilleuse jeune fille sort de l’écorce :

– « Donne-moi de l’eau, s’il te plaît » dit-elle.

Le prince reste bouche bée et l’apparition disparaît aussitôt, laissant derrière elle une odeur sucrée.

Le prince se remet de sa surprise, puis réfléchit :

– « La première m’a demandé a boire, la deuxième me demandera à manger. » pense-t-il.

Il va au village, se fait embaucher pour pouvoir acheter les mets les plus délicats, les vins les plus précieux, puis prépare un repas magnifique avant de s’adresser à la deuxième :

– « Comment puis-je vous aimer ? », dit-il

Il la prend, apprécie la couleur de sa peau.

– « Tu es comme un petit astre ! »

Il la hume :

– « Tu es douce, légèrement, acidulée, tu as du caractère ! »

Une merveilleuse jeune fille sort de l’écorce :

– « Donne-moi de l’eau, s’il te plaît » dit-elle.

– « Attend, j’ai du vin », crie-t-il

L’apparition disparaît aussitôt, laissant derrière elle une odeur sucrée.

Le jeune homme pleure, puis va remplir une cruche d’eau bien fraîche, et le cœur battant, appelle la troisième :

– « Comment puis-je vous aimer ? » murmure-il .

Une jeune fille sort de l’écorce, si belle qu’il sent ses yeux se remplir de larmes.

– « Donne-moi de l’eau, s’il te plaît », dit-elle.

– « Voici de l’eau. »

Elle sourit, boit, rit, puis :

– « Rentrons chez toi, tu ne seras plus seul, une vie heureuse nous attend ! »

Ils s’en vont ensemble par les chemins éclaboussés de lumière.


Proposition de thèmes Interactions sociales

  • "Un jour, j'ai aidé quelqu'un et..."
  • "Un jour, j'ai repoussé quelqu'un et..."
  • "Un jour, quelqu'un m'a aidé·e et..."
  • "Un jour, quelqu'un m'a repoussé·e et..."

Proposition de thèmes Conscience

  • "Je me sens seul·e lorsque..."
  • "Ce que je fais pour ne pas me sentir seul·e"