Rien n’a changé sous le soleil,
Pas même le soleil, sans doute.
Il y a, il y avait, il y aura des broyeurs de noir, des levés du pied gauche, des mal-léchés.
Ceux dont le verre est à jamais à moitié vide.
Rien n’a changé sous le soleil,
Pas même le soleil, sans doute.
En ce temps-là, il y a un homme qui trouve le monde mal fait.
Il dit:
« La nature ? Féroce !
Les animaux ? Bêtes !
Les hommes ? Brutaux, de mauvaise foi !
Les femmes ? Bavardes, enquiquineuses !
Les enfants ? Bruyants !
La société ? Pourrie ! »
Il se répète cela tous les matins, au réveil.
Et souvent, en effet, tout au long de la journée, il trébuche sur des racines d’arbre, se fait griffer par des chats, mordre par des chiens, agresser par des hommes brutaux et rouler par des gens de mauvaise foi, enquiquiner par les bavardages des femmes et le bruit des enfants.
Alors tous les soirs, au coucher, il se dit:
« La nature ? Féroce !
Les animaux ? Bêtes !
Les hommes ? Brutaux, de mauvaise foi !
Les femmes ? Bavardes, enquiquineuses !
Les enfants ? Bruyants ! »
Et Dieu, il entend ça tous les matins et tous les soirs, pendant quarante ans!
Quarante ans, ce n’est rien pour Dieu, mais quand même, ça lui fait comme un vol de moustique au-dessus de son nez.
Alors, une nuit, il interpelle l’homme:
« Alors, l’homme, tu n’es pas satisfait de ma création ? »
« Que non, vous avez tout raté parce que,
La nature ? Féroce !
Les animaux ? Bêtes !
Les hommes ? Brutaux, de mauvaise foi !
Les femmes ? Bavardes, enquiquineuses !
Les enfants ? Bruyants ! »
« Bon, puisque c’est comme ça, tu as carte blanche, tu crois que tu peux mieux faire ? Alors vas-y. »
Et voilà que tout disparaît autour de cet homme, le sol sous ses pieds, le ciel au-dessus de sa tête.
Il n’y a plus d’arbres, ni d’oiseaux, ni de chats, de chiens, de mouches. Il n’y a plus de voisins, ni hommes, ni femmes, ni enfants.
« Hé-là, » crie l’homme affolé, flottant tout seul dans le vide, « c’est trop injuste, je fais quoi moi ? »
« Tu fais un monde. »
« Oh, non, s’il te plait, non ! Comment je fais ? »
« Je t’offre la parole, nomme les choses pour qu’elles reviennent, nomme-les comme tu les désires. »
Et l’homme s’est mis à nommer.
Le ciel et la terre, les arbres et les oiseaux, et… tout est revenu…
Rien de nouveau sous le soleil…