Est-il possible, par l’éducation, de « vacciner » contre les intégrismes de toute sorte ?
Comment apprendre à affirmer sereinement ses convictions personnelles en évitant le piège du prosélytisme et à écouter l’autre sereinement même si nos convictions sont opposées ?
Nous avons, vous vous en doutez, un début de réponse, si non, nous n’aurions pas relevé le défi de cette aventure !
L’une d’entre nous a une grande expérience dans l’animation de cercles »ProDAS, l’autre dans l’animation de philosophie avec les enfants et toutes deux, nous sommes formées aux deux approches.
Nous avons accueilli, dans nos formations pour des « dialogues inter-philosophiques », organisées par les CECP, de nombreux professeurs de tous les cours philosophiques : cours de religion catholique mais aussi protestante et orthodoxe, de religion musulmane, et de religion juive, et de morale. L’an dernier, nous proposions, en un module de 2 jours, un espace de « rencontre entre personnes dont le rôle est d’enseigner des philosophies et des religions, pour expérimenter et intégrer des attitudes d’ouverture à l’autre, hors de tout prosélytisme. Les deux méthodologies que nous y utilisons prioritairement sont : le ProDAS et la philosophie avec les enfants. Nous avons apprécié la grande complémentarité de ces deux approches : la dynamique du ProDAS induit un climat de confiance et de sensibilisation à l’autre. La démarche philosophique permet de s’interroger, de s’affirmer, d’échanger. Animer ces formations à deux nous apporte aussi l’avantage d’une convergence-complémentarité de style.
Cette année 2006-2007, nous avons annoncé, pour les enseignants ayant déjà suivi la formation l’an dernier, un « perfectionnement . Outre la « rencontre », donc l’exercice, parfois évident parfois difficile, de la tolérance, le plaisir renouvelé de confronter ses convictions aux réalités vues d’un « autre bord », outre les rebondissements de nos questions existentielles sur d’autres surfaces de référence, … nous avons abordé la loi, les lois.
Pourquoi ? Plutôt intuitivement à dire vrai, peut-être pour avancer dans la réflexion : Jusqu’où prendre en compte l’inter culturalité dans la sphère publique ? Accepter des normes diverses ? Intégrer voire encourager des règles diverses ?
En préparant les activités de notre module, nous avons redéfini nos objectifs. Et là nous avons explicité : Lois civiles – lois religieuses, quelle hiérarchie, en fonction de quels critères ? Comment les concilier ?
A ce jour (mi-novembre) nous avons vécu 2 formations de 2 jours. Nous pouvons estimer en quoi nos objectifs sont atteints.
Paradoxalement, sans doute parce que nos démarches ne sont, délibérément, pas polémiques : il n’y a pas eu de discussions sur les sujets « médiatiques ». Nous n’avons encore parlé explicitement ni du port du voile, ni de la viande halal, ni même de la censure des théories de l’évolution pour incompatibilité avec la foi, ni d’autres « sujets qui fâchent ».
Un seul participant nous l’a reproché explicitement. C’est trop peu pour que nous virions de cap. Mais c’est déjà assez pour que nous nous interrogions.
L’écriture de cet article contribuera sans doute à clarifier notre démarche.
Nous nous proposons ici de partager le déroulement de ces journées, sachant que chaque « formation » s’est enrichie de l ‘expérience des précédentes.
Première journée
A.Présentations
A1 : Présentation des participants
De façon aléatoire, chacun tire une bandelette sur laquelle écrite une citation provenant de diverses convictions philosophiques.
Dans un premier temps, tour à tour et à haute voix, les participants lisent leur bandelette.
Ensuite, ils se présentent avec leur fonction dans l’enseignement, l’effet que leur a fait l’écoute de ces citations, et leurs attentes.
A2 : présentation du thème : Une grille pour repérer les concepts
A partir d’un article de Michel Tozzi : Peut-on appliquer les catégories du droit aux relations éducatives et pédagogiques ? Nous avons construit une grille théorique. Nous la présentons brièvement , nous y revenons éventuellement en cours de route selon les conceptualisations élaborées par le groupe, et nous y revenons en synthèse pour repérer ce que nous en avons abordé.
B. Premiers pas vers l’apprivoisement
« Qu’est-ce que signifie apprivoiser ?
C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Cela signifie « créer des liens »
Nos groupes sont nombreux ( plus ou moins trente participants) il est important d’installer la confiance progressivement
B1 Un premier pas : oser se situer face aux problèmes communs vécus à l’école
Debout, en cercle :
Avancent d’un pas tous ceux qui donnent à leurs élèves le droit de :
oublier un devoir à la maison, se plaindre d’un autre enseignant, négocier leur charge de travail, contester leurs points, travailler pour des points, tricher, copier, ne rien faire, ne pas participer oralement, …
Avancent d’un pas tous ceux qui refusent à leurs élèves le droit de :
manger en classe, boire en classe, mâcher du chewing-gum en classe, s’exprimer dans un langage familier, avoir la tenue vestimentaire de leur choix, aller aux toilettes pendant les cours, ne pas participer à des sorties, se déplacer dans la classe, …
Nous constatons pas mal de diversité dans les exigences et les refus parmi les participants. Et de nombreuses hésitations, des difficultés à répondre (parfois, ça dépend, …).
L’exercice est très court. Ce n’est qu’un déclencheur. Mais il montre à quel point il peut être difficile, pour un élève, de concilier les limites très différentes des différents enseignants…
Et, à un certain degré, comme la cohérence personnelle n’est pas toujours évidente.
B2. Un deuxième pas :établir des connivences deux à deux et trouver les règles pour installer les cercles de parole ProDAS
Les cercles de parole(type ProDAS ) sont essentiels pour créer un climat de confiance dans le groupe. Bien que cette formation ait été présentée comme perfectionnement, de nombreux participants ne se connaissaient pas et n’avaient pas encore expérimenté des cercles de parole .
A l’instar du petit prince et du renard, il s’agissait donc de prendre du temps pour s’apprivoiser.
Avant tout rassurer : Ici le jugement sur la personne n’est pas de mise, lorsqu’on parle ,on parle de soi, en « je ».
Aussi avons-nous commencé par un partage en dyades sur des thèmes de cercle.
Une valeur de ma philosophie et qui est importante pour moi
Une règle que je trouve importante à transmettre et qui est souvent bien intégrée par mes élèves
Une règle que je trouve importante à transmettre mais que j’ai du mal à faire intégrer par mes élèves.
Ensuite seulement, recherche des règles de la communication en groupe, dans le cercle.
Ceux qui le désirent, parlent.
Les autres écoutent, sans interrompre.
C. Un pas plus loin : oser s’impliquer en grand groupe : le cercle Prodas, une approche socio-affective
« on ne voit bien qu’avec le cœur »
Les thèmes de cercles ont répondu à deux objectifs : créer des liens en encourageant une parole personnelle, impliquante, affective et aborder par le biais individuel les possibles confrontations entre l’éthique personnelle et les normes universalisables :
Dans mon cheminement personnel, il m’est arrivé de m’imposer librement une règle que j’essaye de respecter.
Nos expériences, joies, souffrances, succès, échecs suscitent en nous de prises de conscience qui nous amènent à prendre des décisions quant à la conduite de notre vie. Il se peut alors que nous nous imposions des règles très pratiques , très concrètes.
Une règle qui est importante pour moi et que je juge impossible ou inopportune à proposer aux autres
Certaines règles, certains rituels religieux ou prises de décisions quant à la gestion de notre vie (sexualité, parentalité ,vieillesse, etc.) ne peuvent s’ériger en règles générales.
une règle importante pour moi .Bien que ce soit de l’ordre de l’utopie, j’aimerais
que chacun la suive
Il est des valeurs auxquelles on tient et cela nous semblerait juste qu’elles soient traduites en lois que chacun serait tenu d’observer. Aujourd’hui, c’est encore un eutopie
Dans tous les cercles, le processus est le même :
Partage : c’est l’animateur qui, en premier, s’implique.
Intégration cognitive : peut-on grouper certaines interventions ? Ressemblances ? Différences ? Qu’avons nous appris ?
Activités complémentaires : Si nous étions en classe, comment pourrions-nous exploiter et prolonger ces découvertes ?
Les participant prennent rapidement conscience que ceux qui acceptent de témoigner nous offrent un cadeau infiniment précieux, à respecter, absolument.
Le cercle ProDAS, répété de nombreuses fois nous aide à nous accepter chacun, même si nous ne partageons pas toutes les opinions émises.
Retour à la grille
Nous revenons sur quelques aspects importants du ProDAS (tout en insistant sur la nécessité de suivre une formation si on veut l’appliquer régulièrement en classe) et nous pointons particulièrement :
Il nous paraît , dans la mesure du possible important de « marquer l’espace » : nous nous sommes installés en cercle.
Tout aussi important est«le marquage du temps : » par un rituel d’entrée et de sortie, par un rappel des règles de non intervention sur la parole de l’autre et de non jugement sur la personne
Notre grille permet de voir qu’en encourageant les rituels (notamment dans les confrontations) et le marquage du temps et de l’espace on travaille autant : la « loi-lien social » que la « loi-norme » et que la « loi symbolique ». Concocter des règlements n’est pas la seule stratégie d’application de la loi aux relations pédagogiques.
D. Une approche plus cognitive :Un « mur du silence »
– Aller inscrire librement au tableau, déjà structuré, les « lois » que l’on se donne en tant que …
Les participants écrivent leurs propositions en très peu de temps : priorité est donnée à la spontanéité dans l’expression.
Quelques propositions relevées à titre d’exemple :
En tant que Protestant Catholique Musulman laïque citoyen
Je dois (j’ai l’obligation de) Aimer les autres Pardonner travailler pour la paix éviter les dogmes respecter la vie
aimer
Je peux (j’ai la liberté de) m’exprimer librement douter informer les Es >< désinform° mourir dignement Me faire respecter
apprendre à penser par eux-mêmes assumer mes obligations personnelles raconter de belles histoires
– En un deuxième temps : intégration cognitive en cercle. En deux étapes.
Première étape : Questions sans jugements en réaction à une proposition : je suis étonné(e) de … et je demande à comprendre le sens de cette obligation ou liberté. Et clarifications.
Quelques constats :
Etonnement de nombreux participants, surtout laïques :
Comment se donner comme obligation d’aimer les autres ? Clarifications : il s’agit d’aimer au sens d’une « empathie », d’une considération que tout autre, même pire criminel, est aussi « humain »,…
Etonnement, tant de laïques que d’autres croyants :
quelle est cette liberté, pour un catholique, de douter ? …
D’autres étonnements et clarifications :
Qu’entendez-vous par : mourir dans la dignité, éviter les dogmes, pardonner, … ?
Remarques méthodologiques :
Avantages : Avoir privilégié la spontanéité par rapport à la maturation de la réflexion, avoir privilégié les réactions d’étonnement par rapport au jugement : ces démarches ont permis des échanges plus authentiques, des visions plus nuancées, non-tranchées, un respect mutuel.
Inconvénients : Mais cela n’a pas permis : d’élaborer un sens commun, de répondre explicitement à la question : comment concilier les règles religieuses, les besoins (de liberté) éthiques, avec les lois de la cité.
Deuxième étape : « A la recherche de valeurs communes » : bien que d’une autre philosophie, je me sens impliqué, dans mon appartenance ou comme simple citoyen par cette loi philosophique ou religieuse …
coups de cœur pour : travailler pour la paix, informer (contre la désinformation)
Avoir privilégié la spontanéité par rapport à la maturation de la réflexion, avoir privilégié les réactions d’étonnement par rapport au jugement : ces démarches ont permis des échanges plus authentiques, des visions plus nuancées, non-tranchées, un respect mutuel. Mais cela n’a pas permis : d’élaborer un sens commun, de répondre explicitement à la question : comment concilier les règles religieuses et les besoins de liberté éthiques ?
Retour à la grille
Nous avons pu peser l’importance, de la « relativité » (ce n’est pas du « relativisme », mais des choix pensés et clairement posés par les participants), du vécu des lois éthiques (religieuses et philosophiques). Et d’en comprendre les fondements.
C’est dans un grand respect que nous avons pu donner une bonne place aux choix posés par les uns et les autres : on peut vivre sous les mêmes lois (citoyennes) et se plier à des devoirs éthiques plus exigeants. Le lien entre les deux n’a pas été éludé : sans aller dans l’analyse il a pu être relevé, naturellement, par exemple dans le cercle :
Une règle qui est importante pour moi et que je juge impossible ou inopportune à proposer aux autres
Nous arrivons au terme de la première journée. Elle fut bien pleine et nous trouvons opportune une activité qui laisse la place au « cerveau droit », c’est à dire à l’intuition, à l’imagination et au rêve.
Il est donc temps de raconter
Quelques histoires pour rêver et réfléchir.
Au-delà des jours, au-delà du temps et de l’espace,
il y a des jours et des lunes
Au-delà des jours, au-delà du temps et de l’espace,
Il y a des lois et des rêves,
Lois d’amour et lois de rêves,
Rêves de loi et rêves d’amour
Au beau pays du soleil levant, le moine Shiki, parfaitement calme et concentré, dispose des fleurs devant la statue du Bouddha.
Le temple est calme et silencieux.
Brutalement, une porte s’ouvre, claque avec fracas. Un guerrier en fureur fait irruption, brandissant une épée.
– Moine, hurle-il, donne l’argent des offrandes. Tout de suite, ou je te coupe la tête et la fait rouler au pied de l’autel !
Tranquillement, Shiki ajuste l’inclinaison d’une tige, recule pour en admirer l’effet et, sans se retourner, prononce :
– Prends ! Le coffre des offrandes se trouve à ta droite.
Le voleur se précipite, ouvre la cassette, fait tinter les pièces en se remplissant les poches.
– Fais moins de bruit et laisse m’en un peu, je dois payer l’impôt demain.
La voix du sage est forte, assurée.
Impressionné, le brigand laisse quelques sous et s’apprête à sortir.
– Quand on reçoit un présent, on remercie, dit Shiki, fais-le !
Ahuri, l’intrus balbutie un remerciement et disparaît sur la pointe des pieds.
Cinq ans plus tard, il est arrêté et avoue son forfait.
Dans ce pays, un vol commis au temple est puni de peine de mort.
On confronte le forban au moine qui affirme :
– Moi, Shiki, déclare que cet homme n’a pas volé. Je lui ai permis de prendre l’argent du temple. Il m’a remercié. Tout est en ordre.
Au-delà des jours , au-delà du temps et de l’espace,
il y a des jours et des lunes
Au-delà des jours ,au-delà du temps et de l’espace,
Il y a des lois et des rêves.
Lois d’amour et lois de rêves,
Rêves de loi et rêves d’amour.
Ensuite, on raconte « la prière juste » ( citée dans le chapitre précédent)
Dans deux des trois groupes nous avons clôturé là.
Dans le groupe, nous avons continué l’activité en demandant aux participants répondre, en sous- groupes aux consignes suivantes : Que donneriez-vous comme titre et comme sous-titre aux deux histoires ?En quelques lignes, inventez une suite.
L’activité s’est passée dans la bonne humeur, mais vu le manque de temps en fin de journée, peut-être trop rapide.( et puis, dans la fièvre, nous n’avons pas noté les réponses)
Pour la première histoire,,il y a eu ….
« Vol au temple » ou « Comment transformer un forban en moine »
« La vraie compassion » ou « Comment contourner la loi en la respectant ?»
Ensuite
« Vrai saint ou faux saint? » ou « Comment reconnaître un sage ? »
« Nouvelle prière » ou « qui c’est qu’est fou, qui c’est qu’est sage ? »
Dans les suites inventées nous avons ri de deux perspectives contradictoires :
« Le forban, ému par l’attitude du moine devient moine à son tour » et « le moine conscient d’avoir lésé sa communauté en donnant l’argent des offrandes, part mendier pour rembourser »
Deuxième journée
L’atmosphère est détendue, joyeuse, confiante, embrassades et rires. Au programme une »philo pour la matinée et cercles autour des stéréotypes pour l’après- midi.
A.Des questionnements philosophiques, une communauté de recherche
A partir d’une lecture d’un assemblage d’extraits du texte de Bernard Defrance : L’institution de la loi à l’école : pourquoi, comment ?, des échanges, très riches comme toujours avec le dispositif de la philosophie avec les enfants, et des problématiques au cœur de nos objectifs.
Quelques extraits , à partir de notre prise de notes fort incomplètes…
Une communauté de recherche sur la question :
« la loi est-elle vraiment la même pour tous ? »
Z : Il y a des disparités dans l’application des lois. Quelqu’un de riche peut s’offrir un bon avocat.
Y : Il y a des disparités, avec la même législation sociale, entre les salaires des hommes et ceux des femmes.
X : Dans nos écoles, certains directeurs nous imposent les concertations, d’autres pas.
W : J’ai été victime d’une discrimination : pour une fête religieuse chômée juive, je n’ai pas pu m’absenter des cours. Il y a une tolérance pour les fêtes musulmanes, pas pour les fêtes juives. C’est un exemple de loi injuste ou d’application injuste des lois.
V : C’est différent : moi, professeur de religion protestante, je trouve que je bénéficie, en Belgique, de congés basé sur les fêtes chrétiennes catholiques. Ce n’est pas idéal, mais c’est la loi dans ce pays.
U : Tu peux prendre sur toi de transgresser la loi, par conviction personnelle, si tu établis une priorité en ce sens.
T : Tu peux même prendre, légalement, un jour de convenance personnelle.
S : Il y a confusion entre « loi » et « droit ». Comme avec l’introduction de la viande Halal dans les écoles, on l’octroie comme « droit », mais ce n’est pas une « loi ».
W : Il y a quand même un abus dans les conséquences négatives d’une contradiction avec la loi. Un mois de perte d’ancienneté, pour un jour de convenance personnelle. J’aurais pu tricher, téléphoner que j’étais malade.
X : C’est une position très digne que de donner priorité à son éthique personnelle quitte à être pénalisé.
R : Il existe des lois pour contourner les lois… Notre jour d’absence tolérée.
Q : Est-ce éducatif ?
P : Comme musulmane, je trouve, moi, que « faire le ramadan » ce n’est pas, ce ne doit pas être d’ailleurs, facile. Je peux faire recours au motif de « raison personnelle » pour suivre mes règles religieuses. C’est ce que je fais. C’est clair.
Z : Je ne peux pas blâmer le directeur qui dit non à la demande d’une absence pour motif religieux. Personnellement, en tant que professeur de religion musulmane, je me sens engagé dans un contrat comme enseignant, pas comme musulman.
X : Il y a, chez certaines directions, de la « flexibilité » par rapport aux règles, chez d’autres il y a une « laïcité anti-religieuse » : ne pas faire plaisir est leur ligne de conduite.
O : A parlait du contrat en tant que simple enseignant. Moi je m’y inscris plus comme musulman. Je demande donc à ce qu’on discute de l’application des lois à l’école.
N : Dans la foulée des réflexions de O, je me dis que si je détourne la loi, je ne mettrai jamais le législateur devant ses responsabilités.
P : Je ne pense pas comme O, il n’existe pas pour moi de demi-mesure, on est enseignant. Si on revendique notre appartenance religieuse, alors pourquoi pas un instituteur dans sa classe : il a aussi des convictions. Non, l’école doit rester neutre.
X : Il y a surtout une nécessité de clarté : nous devons être informés sur les lois, les règles. Sinon il y a une coupure avec le pouvoir qui manipule les lois. C’est vrai qu’il y a aussi des contre-pouvoirs, comme les syndicats.
O : Pas seulement informés, pas seulement relayés par des contre-pouvoirs. Il faut, comme le dit N, mettre le législateur devant ses responsabilités. On vit dans une société multiculturelle, la loi doit évoluer en fonction de ça.
X : Si l’éthique personnelle prime par rapport à la loi : on accepte les conséquences, tant pis.
M : (propose une question, que nous gardons en guise de synthèse provisoire) Faut-il transformer la loi civile pour l’adapter à de nouvelles règles éthiques ou faut-il adapter l’application de règles éthiques personnelles à la loi ?
Retour à la grille
La communauté de recherche a permis de pointer que nous nous situions, de manière parfois ambivalente, au plan de la loi « juridique » (notre contrat de travail nous lie à des obligations d’enseignement) et au plan de lois « religieuses » (une conviction religieuse peut nous poser un dilemme : transgresser-négocier-détourner-… la loi juridique ou transgresser-adapter-… la loi religieuse ?).
B. Cercles Prodas autour des préjugés (voir le texte autres approches …)
Dans un des groupes, à la fin de l’activité, une petite voix timide s’est élevée :
« Je ne suis pas intervenue, je me sentais mal à l’aise…. Peur que mes interventions de croyante soient jugées idiotes par certains laïques. »
Nous avons chaudement remercié la participante pour son honnêteté, c’était une belle introduction à l’activité suivante dont l’objectif était de découvrir un règle essentielle pour permettre tout dialogue : être prêt à abandonner ses préjugés
Impressions, prises de conscience, questions des animatrices.
D’abord, il nous vient de l’émerveillement. Ces hommes et ces femmes venus d’univers philosophiques totalement différents (voire opposés) se sont fait confiance .Ils ont été d’une honnêteté, d’une authenticité totale .( il est évident que ce qui a été dit lors des cercles n’a pas été divulgué ici)
Le nombre était un écueil et pourtant, il y a eu dans les trois groupes des rencontres véritables .
Nous n’avons pas véritablement abordé les sujets qui fâchent. Deux jours, c’est trop peu , il est inconcevable de réduire le temps pour la mise en condition ……….
Pour aller plus loin, en plus du travail sur les préjugés , il nous faudrait, de diverses manières, aborder les peurs. Elles sont nombreuses, nous en avons détectées quelques-unes et elles sont importantes.
Peur de perdre ses repères, son cadre de référence ( Nos croyances et nos convictions sont source de sécurité . Elles nous tiennent debout, les élargir ou de les confronter à d’autres différentes peut être ressenti comme un danger. Nous avons absolument besoin d’un cadre sécurisant où nos opinions et nos limites seront respectées absolument)
Peur d’être assimilé (Il arrive que certains confondent assimilation et intégration , il serait bon de réfléchir à la différence entre ces deux notions)
Peur d’être rejeté par sa propre communauté philosophique en exprimant des interprétations non « politiquement correctes »
Parallèlement, il faudra réfléchir aux manières de prendre en compte nos besoins : besoin de sécurité, de repères, d’appartenance.
Notre travail ne fait que commencer. Il est vaste et passionnant.