La soupe aux cailloux

Par d'après Bruno de La Salle, in Le conteur amoureux


réécrit par Peggy

Thèmes : Interaction sociales

C’est un homme. Un voyageur, il vient de loin, il a faim. Devant lui, sur le ciel doré, se détache un clocher. « Un village ! Je trouverai bien quelque chose à manger », pense-t-il.

Sur la place de Terre Battue, face à l’église, trois ou quatre maisons, et plus loin quelques fermes. Il sonne au n°1. C’est un solide gaillard, les pieds bien plantés dans des sabots, qui lui ouvre.

– « Je ne suis qu’un passant, j’ai le ventre vide. »

– « Ah, non ! Qu’est-ce que vous croyez ? On n’est pas riche ici ! On a à peine à manger pour nous, alors débrouillez-vous, faites-vous une soupe aux cailloux. »

Et, Clac ! L’homme s’est retrouvé seul. Il a baissé la tête et là, devant ses chaussures, il a vu un caillou bien rond et lisse. Cela lui a donné une idée. Au centre de la place, il a fait un feu puis est allé vers la porte, a frappé et a dit : « Je sais que vous n’êtes pas riche mais vous me prêterez bien une marmite et un peu d’eau pour faire cuire mon caillou ! »

Le gaillard a vu le feu, le bonhomme et le caillou. Il s’est mis à rire, mais à rire, tellement fort que les voisins ont regardé par la fenêtre. Alors tout en riant, il est allé chercher une marmite, l’a remplie d’eau. Il est resté là à regarder. Le voyageur a mis la marmite sur le feu et y a laissé tomber le caillou.

Alors celui qui habite au n° 2 est sorti de sa maison et s’est penché au dessus de la casserole. L’eau commençait à bouillir et le caillou commençait à danser.

– « Hmmm, a dit le voyageur. Ça vous étonne, hein ? On dit, il faut que l’eau invite le caillou à danser, qu’ils se lient d’amitié. C’est ça qui en fait la saveur. Chez moi, on y ajoute un peu de sel et quelques pommes de terre, mais, soit, on n’est pas riche ici, alors on s’en passera ! » Celui qui habite au n°2 a dit : « C’est vrai, on est pauvre, mais, quand même, un peu de sel et quelques pommes de terre, c’est pas le diable ! »

Le voyageur a dit : « Chez moi on ajoute quelques carottes mais soit, on n’est pas riche ici, on s’en passera. » Celui qui habite au n°3 est allé chercher quelques carottes chez lui, et il a amené une cuillère en bois pour tourner.

Le voyageur a dit : « Regardez cette belle couleur, chez moi on ajoute quelques poireaux mais soit, on s’en passera. » Celui qui habite au n°4 est venu se pencher au dessus de la casserole et dit : « C’est vrai, on est pauvre, mais, quand même, quelques poireaux et quelques oignons, c’est pas le diable ! »

La soupe cuisait et fumait et ça sentait bon sur la place. « Mes amis, a proclamé le voyageur, mes bons amis, je réalise un de mes rêves : partager la fabuleuse soupe aux cailloux de mon pays avec des étrangers. »

Un garçon de ferme qui passait par là a crié : « Je peux goûter ? »

– « Au diable l’avarice, vient donc avec tes voisins ! »

Les voisins sont arrivés avec du pain et, de mémoire d’homme, on n’a jamais aussi joyeusement mangé que ce soir-là, place de la Terre battue.


Proposition de thèmes Interactions sociales

  • "Un jour, j'ai accompli un projet avec d'autres et j'en suis fier·e"
  • "J'ai participé à un projet dont je ne suis pas très fier·e"
  • "J'ai participé à un projet dont je ne suis pas très fier·e"

Proposition de thèmes Réalisation

  • "J'ai apporté mes compétences dans un groupe"

Proposition de thèmes Conscience

  • "Quelque chose qui ne coûte rien et qui m'apporte beaucoup"
  • "Une valeur essentielle pour moi"